WASHINGTON DEAD CATS

Mais qu’arrive-t-il à ce groupe haut en couleurs qui nous a habitué à des pochettes dignes d’un feu d’artifice du 14 juillet ? Après 38 ans, ils réalisent leur première pochette d’album en noir et blanc (ou presque… un peu de jaune) ! Et à l’intérieur idem, un medley psychédélique de gravures baroques en noir et blanc ! Deviendraient-ils atrocement classiques et bien élevés, leur musique serait-elle devenue une sorte d’ersatz d’un Joy Division posthume et dépressif, ont-ils cédé à la tentation de la mode Post-punk et rock bourgeois revival 80’s ? Mais que nenni ! Ils tracent leur route comme à leur habitude hors des modes et tendances pour mieux nous surprendre au coin de la jungle.

C’est un album qu’ils ont voulu très proche de leur énergie scénique, brut, frontal et racé, mixé par Seb Lohro de Near Deaf Experience. Ils restent insaisissables, mélangeant garage rock et theremin sur “Man made monster“, punkabilly et cuivres sur “Monkey Brain“, surf rock à la Sergio Leone sur “Mata Hari“, punk rock pur et dur dans une tradition à l’anglaise 77 sur “Are we all zombies ?“, blues en pleine explosion sur “I need a place to cry“, quasiment pop sur “Rattlesnake woman“, ou étonnamment Nick “Cavien“ sur le titre “Coal and roses“. Sans compter le retour aux sources du premier album «Go Vegetables go !» qui a fait leur succès en 1986 sur “Swamp thing“.

Des morceaux inclassables mais avec une maîtrise des arrangements à se faire retourner Bela Lugosi dans sa tombe, créant une surprenante unité entre les différents univers musicaux abordés. La palette est large mais la couleur est un rock’n’roll dont ils détiennent les clefs depuis longtemps.

Les textes sont toujours aussi cyniques, décalés, humoristiques ou sombres et romantiques, influencés aussi bien par des films comme Bad Taste (“Monkey Brain“) que par le cinéma de Sergio Leone (“Mata Hari“). Ils mélangent les concepts comme d’autres font des cocktails sur la plage de Copacabana. Mat Firehair a su au fil du temps faire varier son répertoire vocal d’un chant crooner (Coal and roses, Mata Hari) au sprechgesang (Man made monster), du chant le plus bluesement débraillé à la manière des Howler des 50’s (I need a place to cry) au punk garage primitif (Are we all zombies ?).

La section cuivre effectue toujours un travail aussi étonnant, emmenant le groupe loin de la simplicité basique du punk rock tout en lui gardant son côté immédiat et instinctif. La trompette de Juju sur “Mata Hari“ crée à elle seule un univers qui nous transporte dans les bras de la mystérieuse espionne. La guitare de “The Duke“ est tantôt surf, tantôt agressive, passant d’un registre à l’autre sans choquer nos oreilles de profanes fans de Spock aux oreilles pointues. La maitrise des genres abordés par “The Duke“ est toujours élégante, précise, originale et en fait un des guitaristes les plus prometteurs de sa génération. “Monkey Brain“, 13ème album (hors compilations) n’est pas un nouvel album de plus des Wash mais toujours une nouvelle et agréable surprise. Ce groupe n’a eu de cesse de brouiller les pistes depuis ses débuts, ouvrant de nouvelles portes sans en fermer d’autres. Les chats morts savent se renouveler avec une grâce féline sans pareille et ils le prouvent encore.